Botulisme de Type E

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Derniére mise à jour : mars 2000

Auteur: F. A. Leighton

Examinateurs : H. Artsob

Origine

Le botulisme de type E est une forme d'intoxication d'origine alimentaire causée par l'ingestion d'une toxine sécrétée par le bacille de putréfaction Clostridium botulinum.

Common Loon

Huard à collier - Photo: G. Bortolotti

Espèces d'oiseaux Touchés par le Botulisme

Des épidémies de botulisme de type E ont frappé des oiseaux piscivores des Grands Lacs, particulièrement les populations de huards, de harles, de grèbes, de fuligules milouinans et de goélands. Un très grand nombre d'espèces d'oiseaux sont vulnérables à la toxine du botulisme de type E. Y sont également vulnérables certaines espèces de mammifères, dont l'être humain et les souris.

Présence du Botulisme de type E au Canada

Très peu de cas de botulisme de type E ont été constatés chez des animaux sauvages, où que ce soit dans le monde. La maladie peut frapper un petit nombre d'animaux dans une région donnée sans qu'elle soit reconnue ni constatée. Des épidémies ont sévi, en automne 1999, chez des oiseaux des lacs Huron et Érié, dans le sud de l'Ontario. Au moins 700 plongeons huards (huard à collier) ont trouvé la mort au lac Huron. Au lac Érié, plusieurs milliers d'oiseaux, principalement des harles huppés (bec-scie), ont péri. Ont également été mortellement touchés un certain nombre de grèbes esclavons, plusieurs espèces de canards plongeurs et trois espèces de goélands (goéland à bec cerclé, goéland argenté et mouette de Bonaparte). L'épidémie est décrite dans le numéro d'hiver 1999 du bulletin du CCCSF (text in English). Une épidémie a eu lieu aux États-Unis, au lac Michigan, en octobre et en novembre 1983, frappant particulièrement le huard à collier (voir Brand et coll., 1988, dans la liste des textes de référence). On avait déjà constaté des cas de botulisme de type E, dans les Grands Lacs, au cours des années 60 (voir Brand et coll., 1983, dans la liste des textes de référence).

Birds dead of Type E Botulism

Botulisme type E, lac Érié (1999) : plage couverte de huards et de harles morts. Photo :à I.K. Barker

Birds dead of Type E Botulism

Botulisme de type E, lac Érié (1999) : harles huppés, morts du botulisme de type E. Photo : de I.K. Barker

Incidence du botulisme de type E dans la région des Grands Lacs en 183 et en 1999

Type E Botulism 1983, 1999

Carte montrant le foyer des épidémies de botulisme de type E qui ont frappé des oiseaux piscivores au Canada, en 1999, et aux États-Unis, en 1983.

Importance du Point de vue de la Santé Humaine

La toxine associée au botulisme de type E peut causer une intoxication chez l'être humain, mais la consommation d'oiseaux sauvages risque fort peu d'empoisonner quelqu'un. Les oiseaux infectés sont partiellement paralysés et donc peu susceptibles d'être chassés. Il est en outre interdit au Canada de chasser le huard, le grèbe et le goéland. Les harles sont peu chassées et peu consommées au Canada. Des spores du bacille Clostridium botulinum de type E sont présentes au Canada, dans des eaux et dans la chair du poisson. Une épidémie de botulisme a frappé des personnes lorsque du poisson pêché au Canada avait été congelé et expédié en Finlande, où il avait été fumé, puis vendu ailleurs en Europe. Le poisson fumé renfermait la toxine du botulisme de type E et avait empoisonné un certain nombre de personnes. La bactérie s'était sans doute développée pendant la fumaison et avait sécrétée la toxine. Les spores étaient présentes dans le poisson pris au Canada (voir Korkeala et coll. dans la liste des textes de référence. Des Canadiens ont également été atteints du botulisme de type E. On a en effet constaté 11 cas en 1995, 10 cas en 1996 et 18 cas en 1997, dont un cas mortel. Presque tous les cas ont été associés à la consommation d'aliments dérivés de mammifères marins ou de poissons (liste des textes de référence).

Écologie du Botulisme de type E chez les oiseaux Sauvages du Canada

On sait très peu de choses au sujet de l'écologie du botulisme de type E. On sait que les spores de Clostridium botulinum de type E abondent dans les eaux de nombreux lacs canadiens et qu'elles se retrouvent souvent dans les branchies et les voies digestives du poisson vivant dans ces lacs. Les spores en soi sont inoffensives. Le botulisme de type E survient seulement lorsque les spores se développent et produisent la toxine. La bactérie semble jouer le rôle ?écologique d'un décomposeur : c'est une bactérie de putréfaction. Elle croùtîdans un substrat riche en éléments nutritifs et dépourvu d'oxygène. Les poissons qui meurent, pour quelque raison que ce soit, et qui renferment les spores dans leurs tissus sont un substrat favorisant la croissance de la bactérie et, par conséquent, la sécrétion de la toxine.

Il semble manifeste que les oiseaux sauvages piscivores qui sont morts du botulisme de type E avaient mangé du poisson renfermant la toxine, mais on ne sait pas trop comment cela se produit. Des oiseaux comme le huard et le harle ne capturent et ne mangent normalement que du poisson vivant. Pourtant, Clostridium botulinum de type E ne devrait pas croître dans les tissus de poissons vivants et y sécréter la toxine. Il pourrait y avoir des circonstances qui favorisent la production de la toxine dans les tissus de poissons vivants, et peut-être moribonds. La toxine serait peut-être sécrétée dans les voies digestives. Il se peut aussi que les poissons capturés vivants et mangés aient eux-mêmes mangé des aliments renfermant la toxine du botulisme de type E. La toxine qui est à l'origine des épidémies constatées chez les oiseaux aurait donc été présente dans les voies digestives de poissons vivants. Il est même possible que les poissons vivants que les oiseaux ont capturés aient été partiellement paralysés par la toxine qu'ils venaient tout juste d'ingérer, ce qui en aurait fait des proies faciles pour les oiseaux. Cette théorie pourrait expliquer la préférence que les oiseaux ont manifestée pour des poissons contenant la toxine.

Il semble fort possible que les épidémies n'aient lieu que lorsque des facteurs ?écologiques bien particuliers se présentent en même temps. Des aliments que mangent des poissons doivent receler la toxine, et ces poissons doivent ensuite être mangés par des oiseaux. Les deux épidémies observées au Canada et aux États-Unis ont eu lieu en automne, quand les oiseaux piscivores se réunissent, au cours de la migration annuelle, dans un habitat favorable à leur alimentation.

Botulisme de type e et gestion de la faune

Tant qu'on n'en saura pas plus sur les facteurs, écologiques et autres, qui ont caus? les épidémies de botulisme de type E, on ne pourra pas intervenir pour prévenir les épidémies, ou du moins les atténuer, chez les oiseaux sauvages. Parmi les espèces qui ont subi de lourdes pertes lors des quelques épidémies confirmées, il y en a dont les populations sont décroissantes et qui suscitent, pour cette raison, des craintes partout sur le continent. En est un exemple le plongeon huard (huard à collier). On ne sait pas si les carcasses d'oiseaux morts du botulisme de type E sont une source importante de la toxine pour d'autres oiseaux, ce qui est clairement le cas en ce qui concerne le botulisme de type C. On ne sait donc pas s'il serait utile d'enlever les carcasses. Il est très important d'enquêter et de trouver la cause des épidémies, particulièrement lorsque des espèces vitales, comme le plongeon huard, sont touchés. Il faut connaître le nombre exact d'oiseaux tués et avoir des données précises sur la cause de leur mort pour établir de bons modèles de population, sur lesquels repose la planification des mesures de conservation de la faune.

Signes du Botulisme de type E chez les oiseaux Empoisonnés

Les oiseaux atteints du botulisme manifestent divers degrés de paralysie flasque des muscles. Ils peuvent donc paraêtre faibles, ou vifs et alertes, mais incapables de bouger.

Pathologie du Botulisme de type E

Le botulisme ne cause pas de lésions. On ne note aucun changement caractéristique quel qu'il soit dans les organes et les tissus des oiseaux morts du botulisme. Toutefois, pour écarter d'autres maladies possibles, il est essentiel de faire l'autopsie des oiseaux dont la mort aurait pu être causée par le botulisme.

Diagnostic du Botulisme

Pour établir un diagnostic, il faut trouver la toxine du botulisme de type E dans le sang d'un oiseau vivant, atteint d'une infection patente (l'oiseau est malade). Si l'on trouve la toxine dans le sang du coeur d'un oiseau venant tout juste de mourir, c'est signe que la mort aurait pu être causée par le botulisme, mais il est possible également que la toxine ait été sécrétée après la mort, pendant la putréfaction, et qu'elle n'ait absolument rien à voir avec la mort de l'oiseau. On ne peut donc pas poser un diagnostic de botulisme après avoir décelé la toxine dans une carcasse montrant le moindre signe de décomposition.

L'épreuve la plus sûre consiste à inoculer, chez la moitié d'un groupe de souris, un sérum prélevé chez des oiseaux malades. On injecte d'abord l'antitoxine chez l'autre moitié des souris. Si les souris non protégées meurent du botulisme ou montrent des symptômes de la maladie, et si les souris protégées sont indemnes, il est clair que le sérum contenait la toxine du botulisme de type E.

Textes de Référence

Brand, C.J. et al. 1988. An outbreak of Type E Botulism among Common Loons (Gavia immer) in Michigan's upper peninsula. Journal of Wildlife Diseases 24(3): 471-476.

Campbell, D.G. and Barker, I.K. 1999. Botulism Type E in fish-eating birds, Lake Erie and Lake Huron. CCWHC Newsletter. 6(3)7-8. (version française)

Dodds, K.L. and J.W. Austin. 1997. Clostridium botulinum. In: Doyle, M.P., L.R. Beuchat, and T.J. Montvillw (eds.). Food Microbiology: Fundamentals and Frontiers. ASM Press, Washington, D.C. pp. 288-304.

Korkeala, H. et al. 1998. Type E Botulism associated with vacuum-packed hot-smoked whitefish. International Journal of Food Microbiology. 43: 1-5.

Sites Web de Santé Canada au sujet du botulisme
Rapports sommaires de Santé Canada 1995 1996 1997
Sites Web de Santé Canada au sujet du botulisme English Français

Service canadian de la faune

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